DU 18 AU 28 JANVIER 2006. VERNISSAGE LE 18 JANVIER DE 18H À 20H
"JAPANIMALS", PHOTOGRAPHIES DE CHUNG-LENG TRAN

"JAPANIMALS", PHOTOGRAPHIES DE CHUNG-LENG TRAN

Inventer le Japon est un moyen comme un autre de le connaître. […] Se fier aux apparences, confondre sciemment le décor avec la pièce, ne jamais s’inquiéter de comprendre, être là – dasein – et tout vous sera donné par surcroît. Enfin, un peu.
Chris Marker,
Le dépays, 1982.

On dit au Japon qu’un dragon géant habiterait sous l’archipel et que ses mouvements seraient à l’origine des séismes. On dit au Japon que des lapins habiteraient sur la lune et qu’ils y pileraient du mochi. On dit au Japon que le renard se transformerait en femme pour séduire et tromper les malheureux voyageurs égarés… Ces trois histoires issues du folklore ne sont qu’une infime partie du très riche rapport qu’entretiennent les Japonais avec les animaux. Il n’est qu’à voir aujourd’hui le succès des Tamagochi, Pokemon, ou Nintendogs pour mesurer l’ampleur de cet attachement aux bêtes, quand bien même elles ne seraient que virtuelles.
Cette histoire d’animaux a commencé pour moi lors d’un séjour à Tokushima, ville de l’île de Shikoku. C’est au cours de mes promenades dans cette ville de province, loin des tumultes de Tôkyô, que j’ai alors remarqué à quel point les animaux étaient omniprésents. Cela ne m’a pas sauté aux yeux de prime abord car c’est une présence discrète qui se révèle peu à peu – comme on tourne le bouton d’une lampe éclairant progressivement une pièce d’abord plongée dans l’obscurité – à quiconque veut bien y prêter attention.
Des animaux vivants et réels (chats, chiens, carpes, corbeaux, écrevisses, hérons…), mais surtout des représentations d’animaux (logos, mascottes, panneaux, peintures murales, “stickers”, affiches, origamis, sculptures, statues, peluches, dessins animés, porte-clés…) peuplent la ville japonaise. Il n’y a qu’au Japon où l’on peut trouver une si forte présence animale. Toutefois, ce pays n’est pas pour autant un paradis pour animaux car la place qu’on leur accorde est finalement symbolique. Il s’agit, avant tout, d’un bestiaire domestiqué, docile, immortalisé et compatible avec la modernité du Japon.
J’ai souhaité aborder ce sujet de manière légère et ludique en suivant un jeu de piste improvisé dans le but de débusquer et de dévoiler ce bestiaire réel et imaginaire. Comme les gosses qui s’amusent à attraper des papillons, j’ai retrouvé ce plaisir simple et enfantin lorsque je photographiais les signes manifestes ou cachés de cette présence animale. Ce fil d’Ariane, que je me suis inventé, m’a permis de (re)découvrir le Japon d’une autre manière, révélant ainsi une certaine sensibilité à la nature dont l’attachement aux animaux me semble être une des expressions les marquantes. Pour quelle(s) raison(s) les Japonais accordent-ils une place si particulière aux animaux ? Je n’ai pas de réponse à la question, mais au fond, j’aime à penser que leur présence permet de rendre moins hostile et inhumaine la ville et la société japonaises.
Chung-Leng Tran
